Plaisirs de gosses

Il était question de faire 300 bornes, le plus pénible n’était pas de les faire, même avec cette vieille guimbarde (il détestait les voiture bourrées d’électronique, il les gardait pour le travail), c’était d’éviter les moutons du week-end, tous avec leurs bonnes raison pour faire des queues de poissons, des dépassements interdits, et mille autres conneries.

Evidemment, elle avait choisi la route nationale «c’est tellement mieux pour voir les paysages » disait-elle.
Elle se foutait comme d’une guigne qu’il soit là, les yeux rivés à la route, avec ces routes nationales capricieuses, traversant des villages ravissants mais périlleux, et que LUI, n’en profite pas du paysage.

Les kilomètres se succédaient, les passants inconscients ou suicidaires (On est chez nous, monsieur !) aussi, les poussettes, les camionnettes de gendarmes planqués sur les bas côtés. La fatigue lui vrillait le dos.

Il lui jeta un coup d’œil et lui dit : «A ton tour, ma grande !».

Elle était montée à sa place et conduisait souplement, tranquillement, avec moins d’à-coups, elle était plus fraîche et il ne lui restait pas beaucoup de kilomètres à faire. Ses jambes dansaient sur les pédales de frein, son bras l’effleurait lors des passages de vitesse.

A certains moments, il tenait le volant et lui racontait le paysage, tendant un doigt, sûr.
Le soleil était là, cru, éclaboussait les paysages selon l’orientation de la route changeante. Cette manie qu’elle avait de préférer ces petites routes ! Elle était vraiment impossible.
Ils seraient arrivés déjà depuis deux bonnes heures sans cette décision prise à la dernière minute. Mais cette fois-ci c’était lui qui se gavait de ces images : ces maisons pentues, ingrates, ces champs divers où les coquelicots éclataient ça et là, ces clochers, ces pavés. Traversant un village, elle remarqua une pancarte et fit un « Oh, super ». « Quoi encore ? » il avait conscience qu’il grommelait et qu’il avait faim et envie de se dégourdir les jambes, bref qu’il était désagréable au possible.

« Rien, une surprise…» : sa voix s’était envolée, pleine de rires. Il fumait pensivement se demandant ce qui lui était encore passé par la tête, il avait un dossier à boucler pour lundi, pas le temps de faire les marioles : et les Fortin qui les attendaient dans leur bicoque, c’était un intermède agréable surtout dans sa vie à lui, submergée par son boulot. Et c’est elle qui avait insisté, c’était bien, finalement. Toujours mal aux épaules : toujours cette tension accumulée après une semaine intensive, il faudrait qu’il voit un kiné pour lui débloquer ça. Elle aimait le masser, mais ça revenait toujours.

A un tournant, il débouchèrent sur un village bariolé, plein de flonflons et de gamins égaillés, manquait plus que ça. Il avait horreur de la foule et des fêtes foraines. Elle lui dit «Il faudrait que l’on boive un café, ça te dis ». Oui, pourquoi pas.

Elle se dirigeait carrément vers la place du village où l’on voyait des baraquements dérisoires et des rires joyeux, des promenades fébriles avec des gamins réjouis qui semblaient montés sur des ressort, traînant leurs parents hagards.

Le vieux café était empli à craquer de gens rassemblés pour la fête. Il dû leur frayer une place au comptoir. Le brouhaha ne les dérangeaient pas, un peu collés l’un à l’autre, rassemblés tout deux autour de ce café brûlant. L’ayant avalé, ils de dirigèrent vers la voiture. D’un seul coup, rejetant ses cheveux en arrière, elle s’était arrêtée devant lui, la tête tournée vers la droite. Quoi encore ?
Elle se tournait vers lui et résolue : «Viens, on va faire un tour d’auto-tamponneuses, ça nous changera, et il sera toujours temps d’arriver, après on aura la piscine pour nous».

C’était donc ça qu’elle mijotait…
Folle, elle était folle.
Tout le monde le connaissait ici, il y venait tous les week-end en famille et à l’occasion des parents éplorés venait s’enquérir auprès de lui de l’avenir de leur progéniture.
Que faire ?

Mais pourquoi refuser, il fondait à chacune de ses paroles, qu’elle soit folle oui, mais c’était elle, et ça suffisait.

Arrivés devant le manège, il donna au pif un billet, et ramassa la monnaie sans regarder. Il restait quelques gamins sur le circuit qui riaient et gloussaient en se tamponnant.
Elle avait déjà sauté vivement dans l’un des véhicules et lui désignait l’autre à côté d’elle. Il voulait rester avec elle, ce ne serait pas le cas.

Bon, ok, il se mit au volant, les jambes mal contenues. D’un seul coup le véhicule démarra en trombe, comme le sien à elle.

Elles écartait habilement du sien, allant à l’autre bout, comme en visite, lui était à la traîne, pas convaincu, mais alors pas du tout, se sentant vaguement ridicule.

D’un seul coup, elle arriva sur lui, à toute vitesse, il esquiva en biais.
Elle s’était mise à rire.
Un demi tour, et elle lui fonçait à nouveau dessus.
Ok c’était un rodéo.

Il commençait à s’échauffer, l’esquivant, se mettant sur sa route et reculant.
Elle aussi, cheveux lâchés, hilare.
A son tour il fit le tour du manège puis zigzags, et d’un seul coup, fonça sur elle.

Elle riait de plus belle. Marche arrière puis emboutie à nouveau, le rire, la gaieté l’avait gagnés.
Ils étaient désormais presque seuls sur ce circuit minuscule, les gamins s’effaçaient devant eux et les parents attroupés riaient, un peu envieux.

Et ils recommençaient à toréer ensemble, sur ce petit carré où les antennes des véhicules lançaient des éclairs, par moments.

Elle avait son visage de nuit, de jour, des positions défendues, des gestes incontrôlés, et brusquement, là, il l’aimait encore plus de ce moment de grâce, de folie, d’imbécillité, d’enfantillage et il ne voyait pas que lui aussi avait pris ce même visage, inconnu de tous, sauf d’elle-même, ce visage détendu, d’enfant surpris et ravi.

En nage, ils descendaient les marches quand d’un seul coup ils entendirent quelques applaudissements derrière eux, et des «Salut les amoureux, c’était bon ? ».

Oui, silence !

C’était bon, sous ce soleil, de la pousser devant lui, sa main collée au bas du dos, vers la voiture, tous leurs vêtements étaient collés à leur peau, l’un comme l’autre.

Il se sentaient légers, débarrassés de tout, et se souriaient, tête baissée, complices et las.

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Categories: Sex Humor
Posted by corailienne
1 year ago    Views: 726
Comments (5)
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1 year ago
Mais enfin mon cher, le reste c'est à vous de le bâtir !
Le reste est vécu et secret, comme tout ce que je vis en couple.
"j'essaye d'être sur le fil entre l'implicite et l'explicite. Montée de sève, d'envie, la ou l'on bascule d'une situation banale au désir et a l'assouvissement".
La vraie pornographie serait d'utiliser une situation vécue et l'ombre d'un homme que j'ai aimé et de l'étaler ici.
carlcocks
retired
1 year ago
oui c'est bien écrit. Mais le reste?
1 year ago
Merci a vous deux ; j'essaye d'être sur le fil entre l'implicite et l'explicite. Montée de sève, d'envie, la ou l'on bascule d'une situation banale au désir et a l'assouvissement.
1 year ago
Oui on sent la veine littéraire couler à flots.
1 year ago
Tu écris bien toi, j'aime!